Ma démarche

Le dessin par le fil

Je dessine avec du fil.

La broderie est devenue mon moyen d'expression, une manière de dessiner autrement. Sur une toile de coton, le fil bleu marine devient le trait. Il me permet de faire apparaître une silhouette, une posture, un mouvement.

Le textile est aussi pour moi une histoire de transmission. Enfant, je regardais ma grand-mère manier l’aiguille à coudre et à broder en faisant du smock, du canevas ou du point de croix avec fascination. C'est elle qui m'a donné envie de m'y mettre à mon tour. Auprès d'elle, j'ai découvert le plaisir du geste répété et la patience qu'il demande.

Mon père était bijoutier. De son travail sur de tout petits objets, j'ai également retenu la finesse et la précision du geste.

Aujourd'hui, le fil est devenu mon trait. Il ne vient pas accompagner le dessin : il est le dessin.

Chercher l'essentiel

Le minimalisme est omniprésent dans toute ma pratique.

Je cherche à réduire la couleur, les matières, le dessin et la composition pour ne garder que ce qui me semble essentiel : une ligne, une posture, une présence.

Ce qui m'intéresse n'est pas de reproduire fidèlement une image, mais de retenir ce qui m'a émue dans une attitude. Une courbe, un mouvement, une façon de se tenir peuvent suffire à faire naître une émotion. Je cherche alors à la traduire avec le moins de lignes possible.

Le bleu marine participe à cette recherche. J'aime son élégance et sa sobriété, mais aussi sa chaleur, que je trouve différente de celle du noir. Avec le blanc de la toile, il me permet de mettre l'accent sur le dessin plutôt que sur la couleur.

Le corps féminin

Les silhouettes féminines occupent une place particulière dans mon travail.

Je me suis beaucoup interrogée sur ma propre féminité. A travers la danse, le passage de la quarantaine, le regard porté sur mon corps, mais aussi par le fait de voir mes filles grandir et devenir des femmes ont nourri cette réflexion.

Je suis sensible à ce que le corps peut exprimer sans avoir besoin de parler : une épaule dénudée sous un chemisier, la bretelle d'un soutien-gorge aperçue comme une élégance osée, le mouvement d'un corps qui danse, des bras tendus vers le ciel, l'arrondi d'un ventre ou d'un sein, le galbe d'une cuisse.

Ce sont ces attitudes, ces mouvements et ces fragments qui attirent mon regard. Parfois pour leur élégance, parfois pour leur sensualité, parfois simplement pour l'émotion qu'ils font naître en moi.

Je ne cherche pas à définir la féminité. Je cherche à saisir ce qui, dans une posture ou une courbe, me semble la révéler.

Une figure, un espace

Mes silhouettes sont souvent seules sur la toile. C'est avant tout un choix de composition. J'aime la présence d'une figure unique dans un espace qui lui appartient.

Le blanc qui l'entoure participe au dessin autant que le fil. Il laisse autour d'elle un espace silencieux, sans décor ni récit.

Je ne cherche pas à raconter qui est cette femme, ce qu'elle fait ou ce qu'elle pense. Je m'attache à un instant, une attitude, une émotion.

Ce que cette figure évoquera ensuite appartient à celui qui la regarde.